Un peu d'histoire

par Jean-Bernard Vighetti

Délégué national auprès des Petites Cités de Caractère de France

Créateur des Petites Cités de Caractère

 

 

Origines de l'appellation

 

« De mémoire, je crois avoir employé pour la première fois cette appellation en 1966 au cours d'une rapide traversée du sud-ouest de la France qui me fit découvrir les petites villes de Brantôme en Périgord vert, Belvès, Domme, Beynac et Cazenac, La Roque Gageac en Périgord noir, Puycelci dans l'Albigeois et La Couvertoirade sur le Causse de Larzac.

 

Si le terme de "petite cité de caractère" me venait spontanément à la bouche, et jamais celui de village, pour qualifier ces communes, le concept n'était pas encore totalement déterminé dans ma tête, pas plus a fortiori que le souhait de voir se créer un réseau entre ces villes reliques. Dominait alors le sentiment d'indignation citoyenne face à la situation de délabrement d'une ville comme Turenne en 1968. Comment pouvait-on accepter un tel abandon de ce type de petite commune, au patrimoine urbain exceptionnel, au moment où l'État développait la politique de secteur sauvegardé, engagé par Malraux, axé principalement sur les villes d'une certaine importance et dont Sarlat était une des plus petites ? Si cette dernière se justifiait en soi pleinement, pourquoi ignorait-elle ces villes reliques, sans moyens ? En agissant ainsi l'État n'allait-t-il pas au secours de la victoire, abandonnant à leur triste sort ces dernières ? »

 

1975, Création en Bretagne du premier réseau des Petites Cités de Caractère

 

« Ma prise de conscience de la nécessité d'agir de façon spécifique et volontariste sur ces villes reliques en Bretagne est venue en 1975, à l'occasion de l'Année Européenne du Patrimoine. Architectural. 

Souhaitant positionner la Bretagne sur le plan européen autrement que par ses thématiques patrimoniales récurrentes, tant rurales (chapelles, calvaires et enclos, manoirs) que littorales (port de pêche, phares et balises), j'ai pensé que le moment était venu de valoriser ces communes au manteau patrimonial somptueux, que j' appelais «petites cités de caractère», et de profiter de l'événement pour les organiser en réseau et tester auprès d'elles  a pertinence de cette appellation et des mots qui la composent :

  • cités pour rappeler leurs origines et leurs patrimoines urbains,
  • de caractère pour exprimer leur singularité, leur puissance d'évocation et leur splendeur architecturale souvent indicibles
  • petites pour rappeler la faiblesse de leur population aujourd'hui et donc de leurs moyens.

En d'autres termes, il s'agissait de qualifier et faire reconnaître ces communes rurales atypiques par leur patrimoine d'exception, d'intérêt régional, national voire européen et organisés en ensembles architecturaux diversifiés; ces anciennes villes ayant perdu leur statut, tout en ayant l'ardente obligation de conserver et entretenir un patrimoine hors de proportion avec leurs capacités financières et celles de leurs  populations.

C'est sur ce constat que les premières communes intéressées, et agréées par un groupe d'experts du patrimoine bâti, de l'environnement et du tourisme, se constituèrent officiellement en 1976 en association régionale pour se faire entendre, pour  mettre en œuvre, autour d'une charte de qualité, une politique de restauration et de requalification du patrimoine et d'exploitation de celui-ci à des fins de tourisme culturel de qualité. L'aide de l'Établissement Public Régional dès 1978, dans le cadre de sa politique en faveur du tourisme rural, puis de la Région dans les années 1980 fut de ce point de vue déterminante».